1.2 Les débuts du théâtre en français… sous le Régime anglais

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L’activité théâtrale en français sera donc pendant les premières décennies du Régime anglais presque exclusivement le fait d’amateurs. Entre 1765 et 1858, on dénombre 225 soirées amateurs de théâtre en français, où l’on joue volontiers du Molière, du Racine et du Corneille, pour des publics restreints.

Encart annonçant la pièce «Le Festin de Pierre»
dans la Gazette de Quebec, 11 avril 1765

En avril 1765, le premier théâtre francophone à se produire à Québec publie des annonces dans la Gazette de Québec sous le nom de la Troupe Comédienne de Pierre Chartier. Cette dernière présente, entre autres, une version arlequin de la pièce de Molière Dom Juan, connue sous le titre Le Festin de Pierre. Le personnage de Dom Juan est campé par le célèbre Monsieur Dominique, un acteur d'origine suisse. La pièce est produite dans une auberge de la Basse-Ville située rue Saint-Pierre. En novembre de la même année, la compagnie présente des pièces dans le style de la commedia dell’arte, écrites par deux Belges résidant en Canada.

Vue de la Cathédrale du Collège des Jésuites
et de l'Eglise des Recollets, 1761

Ironiquement, le théâtre en français connaît une impulsion inespérée grâce à des régiments britanniques en service à Montréal et à Québec : ce théâtre de garnison, qui propose un répertoire essentiellement composé de pièces de Molière, perdurera pendant plusieurs années. En 1774, la troupe militaire présente deux soirées de théâtre en français, Le Bourgeois gentilhomme et Le Médecin malgré lui, à la salle de théâtre du notaire Foucher. Cette salle, connue sous le nom de Café Dillon est située à la Place d’Armes et peut être considérée comme la première salle de spectacle à Montréal. La troupe est surtout composée d’anglophones francophiles, notamment le négociant Jacob Jordan qui agit comme producteur et le capitaine Edward Williams qui assume la direction des comédiens. La distribution est entièrement britannique, à l’exception notable du comédien Joseph Dominique Emmanuel Lemoyne de Longueuil et d’un autre francophone, le soldat à la retraite Jean-Baptiste Tison, qui occupe la fonction de décorateur costumier.

Dominique Emmanuel Lemoyne
de Longueuil vers 1790

Dans le dernier quart du XVIIIe siècle, quelques troupes de théâtre civiles commencent à faire du théâtre en français. Sans doute faut-il y voir l’influence favorable de Frédéric Haldimand, d’origine suisse et francophone, qui occupe le poste de gouverneur général de la colonie de 1778 à 1784. Le célèbre sculpteur François Baillargé fonde aussi un théâtre à Québec, où il œuvre de décembre 1785 à août 1786 en participant à une production des Fourberies de Scapin. Cependant, l’Histoire retient surtout le nom des Jeunes Messieurs Canadiens, un groupe formé de jeunes artistes éduqués, fils de bonnes familles. Les membres de cette troupe, dont plusieurs devinrent par la suite conseillers législatifs, députés, seigneurs, juges, avocats ou notaires, ont énormément contribué à recruter des adeptes et à conférer une aura de respectabilité au théâtre en français.

Pierre-Louis Panet
(1761-1812)

La première pièce officiellement attribuée aux Jeunes Messieurs Canadiens, Grégoire ou L'Incommodité de la grandeur, est présentée dans les voûtes de l’étude de l’avocat Benjamin Desrivières Beaubien, dans la pente de la rue Saint-Gabriel, à Montréal, au début de janvier 1780. La seconde, Les Fourberies de Scapin de Molière, est donnée dans le vestibule de l’ancienne église des jésuites en janvier 1781, avec la protection bienveillante du gouverneur Haldimand. Sous la direction de Joseph Quesnel4, la troupe compte plusieurs comédiens et musiciens, dont Joseph-François Perrault et Pierre-Louis Panet5. En 1789, le groupe des Jeunes Messieurs devient une troupe de théâtre professionnelle et acquiert sa propre salle de spectacle. Située en banlieue, dans la maison du peintre français Louis Dulongpré6, la salle est pourvue de trois décors complets et de tout l’éclairage nécessaire – c’est-à-dire de chandelles et de lampions. En 1789-1790, les Jeunes Messieurs y présentent une saison spéciale d'opéra, qui se conclut par le premier opéra canadien, Colas et Colinette, créé à Montréal en janvier 1790.

1 Quesnel est un ancien capitaine de navire français. Son vaisseau fut arraisonné par les Britanniques en 1779 pendant qu'il faisait voile de Saint-Malo à New York chargé d'armes pour l'armée révolutionnaire américaine. Il s’établit ensuite au Canada.

2 Pierre-Louis Panet entamera une carrière civile d'avocat pour ensuite se faire élire comme député en 1792.

3 Louis Dulongpré débarque en Amérique en 1778 avec les militaires français venus appuyer la Révolution américaine et arrive à Montréal en 1785. Il y inaugure, en 1787, une école de danse, de musique et de théâtre.

4 Quesnel est un ancien capitaine de navire français. Son vaisseau fut arraisonné par les Britanniques en 1779 pendant qu'il faisait voile de Saint-Malo à New York chargé d'armes pour l'armée révolutionnaire américaine. Il s’établit ensuite au Canada.

5 Pierre-Louis Panet entamera une carrière civile d'avocat pour ensuite se faire élire comme député en 1792.

6 Louis Dulongpré débarque en Amérique en 1778 avec les militaires français venus appuyer la Révolution américaine et arrive à Montréal en 1785. Il y inaugure, en 1787, une école de danse, de musique et de théâtre.

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